Lettre aux Soissonnais - spéciale migrants - 11 septembre 2015

vendredi, 11 septembre 2015 15:52
Chère Madame, Cher Monsieur,
 
Alors que le sujet des migrants occupe une large part de l’actualité depuis plusieurs semaines et que la question de l’accueil de refugiés syriens en France est aujourd’hui posée, j’ai souhaité m’adresser directement à vous pour vous livrer mes réflexions.
 
Vous me connaissez, je suis très attaché aux trois valeurs qui forment notre pacte républicain : la liberté, l’égalité et la fraternité. Je crois aussi que pour chacune de ces valeurs nous devons veiller au respect de l’équilibre entre les droits et les devoirs.
 
En tant que Maire de Soissons, avec toute l’équipe qui m’accompagne, j’essaie de faire vivre cette solidarité concrète sans verser dans l’assistanat. Beaucoup de Soissonnais souffrent, c’est vrai. Quotidiennement, je rencontre des familles avec peu de moyens, des personnes âgées dépendantes, des femmes seules avec enfants, des personnes sans-abris.
 
Avec les associations et l’ensemble de nos partenaires intervenant dans le champ social, nous tendons une main fraternelle à tous ces Soissonnais en proposant une réponse personnalisée à ceux qui veulent s’en sortir. C’est cette fraternité, par exemple, qui nous pousse à travailler à la création de 8 hébergements d’urgence pour les personnes sans domicile fixe.
 
Ces situations de tous les jours, sur lesquelles nous agissons avec force, ne doivent pas être comparées avec le sort des demandeurs d’asile syriens, qui revêt un caractère exceptionnel.
 
À l’heure où les terribles images de combats, de massacres et d’exils nous parviennent, la France doit s’associer à l’élan de générosité qui s’installe. Le soutien porté aux migrants syriens doit faire l’objet d’un consensus européen. Ce n’est plus une question de gauche ou de droite. C’est une question d’humanité.
 
Comme toutes les villes du Nord de la France, Soissons a un rapport particulier avec cette humanité, cette générosité, ce sens de l’accueil.
 
Souvenons-nous des 120 enfants soissonnais accueillis à bras ouverts en Eure-et-Loir durant la Grande Guerre. Souvenons-nous de l’exode, vers d’autres régions, de centaines de Soissonnais durant l’avancée allemande en mai-juin 1940. Souvenons-nous que des familles soissonnaises ont été reconnues « Justes parmi les Nations » pour avoir sauvé de la mort des familles juives.
 
Parce que nous sommes collectivement les héritiers de cette histoire et parce que la situation l’impose, je pense que si cela se fait dans un cadre réglementé et maitrisé, Soissons pourrait prendre sa part dans l’accueil de quelques familles de réfugiés syriens. Je porterai cette même voix à l’échelle de la Communauté d’Agglomération du Soissonnais, auprès de mes collègues Maires.
 
Je fais clairement la distinction entre les demandeurs d’asile – qui fuient leur pays en guerre et les exactions de Daesh – et les migrants illégaux, économiques et sociaux, que notre pays ne peut accueillir et vis-à-vis de qui nous devons être fermes.
 
Accueillir quelques familles de réfugiés n’enlèvera rien aux Soissonnais qui sont en difficultés et dont nous nous occupons déjà.
 
Surtout, cet accueil de réfugiés, que je souhaite limité à quelques familles, ne pourra être que transitoire et accompagné, financièrement et logistiquement, par l’État.
 
De la même manière, si Soissons accueille quelques réfugiés, ils doivent savoir, sans haine ni rejet, qu’une fois la paix rétablie en Syrie et les conditions de leur sécurité et de leur retour réunies, ils auront vocation à rentrer chez eux.
 
J’ai pleinement conscience qu’il s’agit d’une question sensible et qui peut être clivante. Parce que je ne suis pas de ceux qui fuient leurs responsabilités, j’ai fait le choix de vous expliquer ma position en toute transparence.
 
Je l’ai fait aussi parce que je pense que ce sont dans ces moments extraordinaires que l’on reconnaît la capacité d’un peuple, d’une ville, à dépasser ses clivages, à ouvrir ses bras aux plus fragiles et à se rassembler.
 
Comme elle l’a fait par le passé, une fois encore, Soissons doit regarder l’Histoire en face.
 
Je vous prie de croire, Chère Madame, Cher Monsieur, à l’expression de mes sentiments fidèles et dévoués.

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